Source : Sudonline.sn
Maître a exposé, au cours d’un conseil présidentiel sur l’agriculture (on devrait ajouter : « et l’élevage »), le vendredi 18 avril 2008, les grandes lignes d’un nouveau projet (encore un !) : « Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance » (Goana). Sur le papier, la Goana, prévoit deux millions de tonnes de maïs, trois millions de tonnes de manioc, 500 000 tonnes de riz et deux millions de tonnes pour les autres céréales (mil, sorgho, fonio). Pour l’élevage, les objectifs portent sur une production de 400 millions de litres de lait et 435000 tonnes de viande.
Evoquant au cours de la même réunion, le Sommet « de la crise alimentaire » convoqué à Rome, Maître estime « qu’il ne devra pas être un de ces éternels tours de table où les médecins se penchent avec condescendance sur un malade en perpétuelle transfusion avec le sentiment que leur devoir ne va pas plus loin que le maintien en vie ». Puis, il s’en prit violemment à la Fao. A la Fao ? Non. Plutôt à Jacques Diouf, qu’il n’a pas cité nommément. Mais tout le monde a compris. Maître est allergique au succès des autres. Faisant sien le proverbe qui dit que : « de l’enfant du voisin, on exagère les torts et très souvent les défauts ». « Ku am succès lay beññ. Kudul moom ak doomam » pour reprendre l’expression d’un homme devenu entre temps, un de ses zélateurs. Avant lui, c’est le désert, après lui, c’est le déluge… A moins qu’on ne lui accepte la généreuse dévolution d’un prince de son sang comme digne successeur de son rang.
re commence à nous habituer à cette surcharge narcissique et égocentrique qui veut qu’aucun Sénégalais ne sorte du lot. Souvenez-vous, en 2001. Invité par le Forum Civil pour exposer la nouvelle Constitution qui devait faire l’objet d’un référendum, Maître, prétextant ne pas le reconnaitre, répondit à Youssou Ndour en lui lançant « Han ? Koo kanla ? Han Youssou ? Xammé u mala woon ! ». Dans la même période, des journalistes l’interrogeaient sur ses nombreux voyages. Il leur lança : « Je ne voyage pas plus que Youssou Ndour ! ». Leur réponse fut imparable : « Mais nous n’avons pas voté Youssou Ndour ! » Aux Chefs d’Etats de l’Umeoa qui voulaient que Moussa Touré continuât son mandat à la Commission, Maître fit des pieds et des mains pour porter la candidature de quelqu’un d’autre. Quand l’ancien Président de la République Abdou Diouf fut pressenti à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie, Maître déclara qu’il n’était pas son candidat.
Il peut aussi adopter une autre posture : feindre l’indifférence totale. Dès que le nom de Amadou Moctar Mbow a été prononcé pour être le modérateur des Assises nationales, c’est Farba Senghor qui est monté au créneau pour mettre en doute les compétences et le sérieux de l’ancien directeur général de l’Unesco. Le discours a-t-il été soufflé. En tout cas, « les enfan
ts ne répètent que ce qu’ils entendent de leur père »
Qu’est devenu Famara Ibrahima Sagna ? Médiateur attitré entre lui-même Abdoulaye Wade et Abdou Diouf ? La liste est longue. Mais de quoi et de qui Maître a-t-il peur pour ne promouvoir que des médiocres et s’employer à ternir l’image d’hommes et de femmes de mérite ?
Au lendemain de l’élection présidentielle de février 2007, Maître occupa la télévision nationale, « vêtu » d’un habit de procureur et rappelant à tous ses adversaires, leurs « délits ». Au moment où tout le monde s’attendait à un appel autour de l’essentiel et à « panser » les rancœurs, il s’époumona à tailler à son fils un habit de immaculé et à disqualifier l’opposition, marquée au fer rouge, lui attribuant un patrimoine « génétique » d’ignominie, de perfidie et d’incompétence, juste bonne pour la casse. Au passage, il railla le chèque « dérisoire » de 25 000 f Cfa, comme unique contribution du leader de l’Afp, à une de ses campagnes, quand il était opposant. Oubliés les 17% de Monsieur Moustapha Niasse au 1er tour de l’élection présidentielle de février-mars 2000. Ce score dont il a bénéficié, il le rangea dans le chapitre des leurres ou d’une amnésie post partum.
Dernier exemple en date : Aimé Césaire dont on célèbre les obsèques nationales. Le monde entier a salué la mémoire de ce poète de la Négritude, qui pourrait bientôt reposer au Panthéon. L’auteur de l’affirmation de l’identité nègre qu’il partagea avec Léopold Sédar Seghor, fondateur de la République, qui avait accepté de parrainé le Fesman qui doit se tenir en février 2009, au Sénégal, ne fera pas déplacer Maître.
Dès que les compétences d’un compatriote (ou pas) sont reconnues, Maître se montre, amnésique, ou hyperactif, sourd, agressif et… parricide. Incapable d’être fier de l’expérience d’autrui, de le reconnaître autrement que comme un instrument, un subordonné, un ennemi ou une proie. C’est ainsi qu’il faut analyser la façon dont il agit, la logique et le sens de ses actions. Ce qui l’amène à gouverner par pulsions et tendances et non par la conscience.
Mais revenons à l’exposé du dernier (avant le prochain) projet, la « Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance ». En attendant que ce projet ne voit le jour et atteigne ses objectifs, pour que nous puissions manger à notre faim, roter et dire haut et fort « alhamdoulliha », le constat est que Maître, vendredi dernier, n’avait rien à dire. Rien à offrir. C’en était pathétique.
Rien. Du vent. Une logorrhée sans queue ni tête qui a enseveli d’autres projets qu’il avait lui-même formulés, des chiffres à l’emporte-pièce, des promesses sauve-qui-peut, des slogans déclinés d’une voix mécanique tel un automate au ressort cassé.
Le peuple lui, se prépare à des grèves et à des manifestations à n’en plus finir, le pouvoir d’achat et un moral des ménages sont en chute libre, les ricanements à l’étranger de font de plus en plus audibles.
En réalité, l’action économique de Maître est enfermée dans une impasse. Même si on nous sérine que c’est la conjoncture internationale, le coût du baril de pétrole qui « s’enflamme »… Le président avait promis du pouvoir d’achat et les Sénégalais y ont cru. Ne voyant rien venir, ils se sentent fort déçus, deviennent grognons et même irritables. Maître continue de promettre.
La belle mécanique wadienne s’est grippée sous le double effet d’une politique tape-à-l’oeil surmédiatisée, et de résultats économiques qui ne sont pas au rendez-vous. Son hyperactivité était un atout, elle s’est transformée en circonstance aggravante. Les propositions qui fusent, au lieu de montrer un pouvoir qui bouge, donnent l’impression d’improvisation permanente. Au point de provoquer l’effondrement et la panne de crédibilité.
En se défaussant sur les Ong et la Fao, Maître arriverait presque à faire croire qu’il n’est pour rien dans les politiques de ses gouvernements. Nous vivons là un déficit dramatique de courage. Le courage de reconnaître ses erreurs. Le courage d’annoncer les mauvaises nouvelles aussi, au risque d’être occis comme le messager des époques lointaines. Il faudrait croire de nouveau à l’importance de l’inspiration et réaffirmer bien haut que gouverner est un art et non un « job » de circonstances.
Certaines de ses réactions, comme celle de vendredi dernier, portent sur la manière d’exercer sa fonction. D’autres portent sur le fond, sur sa conception de l’Etat et de ses institutions. Dans les deux cas, c’est une image ternie du Sénégal qui se présente sous nos yeux. Celle d’un chef « habile » qui aura passé sa vie à camoufler ses échecs et ses véritables desseins, en se défaussant perpétuellement sur les autres, croyant faire oublier qu’il est l’alpha et l’oméga, la Constante de la plupart des problèmes que nous vivons.
Jacques Chirac n’avait pas tout à fait tort de dire que, en au mot de Cambronne que nous nous garderont de reproduire in extenso : « les m… volent toujours en escadrille ». Les adeptes d’un langage plus policé parleront plutôt de cercle vicieux. On l’aura compris, les difficultés s’accumulent et se cumulent, rendant de plus en plus incertain le succès de la politique économique de Maître. Et pourtant, il est économiste, mathématicien, auteur de la fumeuse et pétroleuse « wade formula », sûr de lui et sourd à tout.
Les nuages, qui s’amoncellent du côté de la conjoncture économique, ne présagent-elles pas la traversée de turbulences sérieuses ? Mais le plus insupportable n’est pas d’avoir à s’expliquer sur un échec en donnant des arguments vides de sens : c’est d’avoir sans cesse à jouer la comédie de l’importance.
C’est ainsi que tous les jours, nous nous réveillons avec le sentiment étrange de regarder gesticuler une petite cour, dont la principale caractéristique est un manque notoire de fraicheur mentale, révérencieuse avec les puissants, dédaigneuse avec les faibles. D’elle-même, jamais honteuse. Avec les grands, elle roucoule, avec les petits, elle se défoule. Cette cour constituée d’artefacts, lesquels posent que l’apparence fait la substance, le paraître fait l’être, la palabre fait l’acte, la vélocité de réaction fait l’action vraie, la mise en scène fait la vie, la véracité fait la vérité, le récit fait l‘histoire, le rôle fait l’homme ou la femme. Et Maître trône en haut de l’affiche, et tente de passer à bon compte pour un protecteur « physique » puisqu’il ne peut décemment, au vu « de la conjoncture internationale » et de la « mondialisation » se poser en protecteur « économique ». Cela, il n’en doute pas. Il en est profondément convaincu.
Qui a dit : son incuriosité et son apparente imperméabilité au doute sont quelques fois interprétés (...) comme le signe de la force de ses convictions, la simplicité de ses propos est souvent perçue comme la preuve qu’il est allé au coeur d’un problème complexe, alors que c’est exactement le contraire qui est vrai. Il s’agit de Al Gore parlant de W. Bush. Cela ne vous rappelle personne ?
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‘’Il y a un risque sérieux de déstabiliser les pays africains’’, a notamment dit le président de la République qui procédait à l’ouverture à Dakar (...)
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