Lorsqu’une loi est injuste il faut la combattre. Lorsque des hommes et des femmes prennent en otage le peuple, il est de son devoir de se soulever. Un soulèvement peut-être sain. A un moment donné, dire stop avant que le train ne déraye devient le seul moyen d’arriver sain et sauf à bon port.
Moustapha Niasse a raison quand il dit que ce gouvernement ne réglera pas les problèmes des sénégalais. Il ne le peut plus ! La hausse effrénée du prix du pétrole, la flambée des prix des denrées alimentaires n’en sont pas les seules origines. Avec la mondialisation, les Etats ont de moins en moins la capacité à intervenir directement dans leur économie. Les marges de manœuvres qui restent aujourd’hui sont faibles. Parmi elles, il ya l’incitation à la consommation locale et la réduction du train de vie de l’Etat ; chose que le gouvernement sénégalais n’ignore pas mais se refuse à faire. Pourquoi ne mangerions-nous pas plus de mil que du riz ? Pourquoi la farine de niébé ne remplacerait-elle pas la farine de blé ? En tout cas il ya de formidables opportunités en termes d’emplois et d’innovations à exploiter.
Obnubilé par la conservation du pouvoir, le président Wade privilégie la corruption des masses. Il vient d’offrir 10 millions de FCFA à la famille de Latif Gueye (que Dieu soit satisfait de lui) comme si la reconnaissance de la nation se monnaye. Les mesures qu’il vient de prendre pour atténuer la souffrance des populations sont inadaptées. En promettant de subventionner à hauteur de 146 Milliards- si tant est qu’il
la tient-, le président ne jette qu’une goutte d’eau dans la mer. Que fera t-il quand les prix continueront de flamber (comme tous les observateurs le prévoit) ? Doubler la subvention ? En plus des solutions préconisées plus haut, il faut une politique à long terme. Retour à l’agriculture, mieux orienter l’aide publique au développement (qui diminue du reste année après année) et surtout une solidarité plus grande entre Etats du sud. Depuis longtemps, la FAO tire la sonnette d’alarme sur la nécessité pour le tiers- monde d’accéder à la souveraineté alimentaire. Leur développement ne viendra pas de l’Europe, responsable en partie de cette situation. En subventionnant son agriculture, elle permet à la ménagère dakaroise de préférer l’oignon hollandais moins cher, à l’oignon sénégalais. L’autosuffisance alimentaire ne viendra pas de ces Etats du nord qui nous conseillent de cultiver pour faire rouler les machines au lieu de cultiver pour manger. C’est à croire que leurs machines sont plus importantes que nos ventres. Si on n’y prend pas garde, les biocarburants seront une des plus grandes escroqueries de ce début de siècle. Pourquoi les biocarburants sont un problème ? Parce que les stocks alimentaires dans le tiers monde sont faibles, des gens meurent encore de faim, donc il est dangereux de consacrer des terres à la culture de biocarburants. L’idée du Sénégal de favoriser la culture du tabanani me semble impromptue.
A force que les émeutes de la faim se poursuivent, se profile à l’horizon la théorie d’Ignacio Ramonet sur les conflits du futur. Alors que pour beaucoup les futurs conflits seront d’
ordre religieux ou ethniques, lui prédit essentiellement des affrontements entre exclus et inclus, entre nécessiteux et nantis. Partout dans le monde, les forts se « bunkerisent ». Quand au Brésil, se construisent des cités de milliardaires hermétiquement fermées, Aux Etats-Unis c’est un mur qui est élevé pour dissuader les exclus mexicains. A l’échelle des continents c’est toute l’Europe qui s’interroge sur ces milliers de jeunes africains qui, bravant les dangers de la mer, frappent à ses portes désormais closes. Dans un excellent article dans le monde diplomatique, Jean Ziegler rappelle que la fuite des africains vers l’Europe prit sa source dans la destruction rapide des communautés de pêcheurs sur les cotes atlantiques et méditerranéennes. « La plupart des Etats de l’Afrique subsaharienne sont surendettés. Ils vendent leurs droits de pêche à des entreprises industrielles du Japon, d’Europe, du Canada. Les bateaux-usines de ces dernières ravagent la richesse halieutique des communautés de pêcheurs jusque dans les eaux territoriales. Utilisant des filets à maillage étroit (interdits en principe), elles opèrent fréquemment en dehors des saisons où la pêche est autorisée. La plupart des gouvernements africains signataires de ces concessions ne possèdent pas de flotte de guerre. Ils n’ont aucun moyen pour faire respecter l’accord. La piraterie est reine. Les villages côtiers se meurent ». Plus grave, ce poisson revient en Afrique sous forme de boites de conserves et inonde le marché tuant une deuxième l’économie locale. Ruiné, le pêcheur vend sa pirogue à des mafieux où s’improvise passeur. Et Jean Ziegler de conclure cet affligeant récit en ces termes : « Après avoir organisée la famine, l’Europe criminalise ceux qui la fuient ». Il appartient aux africains de relever eux-mêmes leur continent. Les défis à venir en les préparant au mieux. Les gouvernements actuels semblent dépassés. On ne peut prétendre réduire la pauvreté en achetant un avion à plusieurs milliards. On ne peut prétendre mieux redistribuer le peu de richesse dont nous disposons et entretenir une dizaine de ministres d’Etats et un nombre incalculable de ministres- conseillers. On ne peut prétendre être équitable lorsque l’argent du contribuable sert à faire des cadeaux et à corrompre. En somme on ne peut prétendre être juste quand on ne prend que des décisions injustes. En attendant, un conseil : prenez votre destin en main, ne croyez pas tout ce qu’on vous dit ; écoutez avec du recul et surtout… lisez entre les lignes.
Nelson Samory
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