ACCROUPIE au milieu de la cour, Adi Sokhana M’Baye trie à gestes lents, presque sacrés, le riz qui va nourrir la famille. Elle a dix enfants. Une quarantaine de personnes s’entassent quotidiennement dans les dix chambres de la maison, dans le quartier de Dieupeul, de son « mari très âgé », nanti de quatre épouses.
« Il ne travaille plus depuis longtemps. Il est toujours un peu malade. Il ne gagne plus d’argent, n’a pas de retraite, pas d’aide de l’Etat, cela devient dur pour tout le monde. Nous sommes si nombreux. » Sompteux boubou aux couleurs éclatantes, de grands restes de beauté dans un visage amaigri, la femme n’aime pas se plaindre... mais pourtant ! « Pour donner bien à manger à tout le monde, il faudrait 5 kg de riz par jour. C’est ce dont je disposais il y a encore quelques mois. » Avec la flambée des prix, la mère de famille a dû restreindre ses achats. « A 350 francs CFA (0,53 €) le kilo, ce n’est plus possible d’en acheter autant. » Elle « fait avec » 3 kg... ou même 2. Fini l’époque des trois repas par jour.
Pour se procurer un peu d’argent, Adi Sokhana se prive pour acheter de quoi concocter les beignets qu’elle vend dans la rue. « Cela me rapporte au mieux 50 ou 100 CFA (de 0,07 à 0,15 € !) que je donne à mes plus petits : moi, je n’ai pas besoin de grand-chose. » Si elle n’y a pas participé, elle « a suivi avec intérêt les manifestations contre la vie chère du 30 mars dernier ». Solidaire ! « Ce n’était pas tout à fait ma place, mais il faut que l’on se batte pour que les choses aillent mieux.
s fils et mes filles sont tous très jeunes. C’est de leur avenir dont il est question. Avant, la vie était dure, mais pas autant que maintenant. »
Source : leparisien.fr ...
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