TOURNEE EN NORMANDIE
«A mon premier passage ici, les ressortissants casamançais du Parti socialiste (Ps) vivant à Evreux et Rouen ont souhaité me rencontrer et m’ont lancé une invitation. C’est à ce titre que je suis venu. Ils ont ensuite élargi leur invitation à d’autres camarades du Ps, qu’ils soient ou non de Casamance. C’est pourquoi, il n’était absolument pas nécessaire que je vienne avec des membres du Bureau politique du Ps. Les problèmes que nous avons évoqués avec eux sont assez spécifiques et concernent essentiellement leur région. Ils sont préoccupés par ce qui s’y passe. Nous avons élargi ces problèmes aux problèmes nationaux. Je rentre demain (Ndlr : aujourd’hui) à Dakar et mercredi, nous avons un Bureau politique. J’y rendrai compte très fidèlement de ce que j’ai vu et entendu ici.»
AFFICHES DE TANOR DIENG AU MEETING DE ROUEN
«C’était tellement marginal que ça n’a même pas retenu mon attention. A l’intérieur de la salle, je n’ai pas vu de photo de Ousmane Tanor Dieng, et même si j’en avais vue, ça ne m’aurait pas choqué du tout. Le Premier secrétaire du Ps est Ousmane Tanor Dieng et nous tenions une réunion dans le cadre du Ps. J’aurai même souhaité que les photos fussent là, avant qu’on ne se réunisse. Malheureusement, je n’ai pas vu ces photos. Je les ai vues collées sur des voitures à l’extérieur de la salle.»
RENCONTRE AVEC LES SOCIALISTES FRANÇAIS
«Nous avons évoqué des questions liées à nos deux partis, les Ps français et sénégalais. Nous n’avons pas pu éluder les échéances électorales. Eux ont des
tions primaires, qui débutent le 16 novembre prochain. Ils m’ont donné des informations sur la situation en France du Ps. Les élections sont ici pour le mois de mai. De notre côté, je leur ai fait part de la situation. Nous nous acheminons vers des élections pour le 25 février, comme annoncé par le président de la République. J’ai aussi parlé des problèmes qui se posent au niveau de l’opposition, et notamment du fichier électoral. Je leur ai fait part de l’audience qu’a accordée tout récemment le ministre de l’Intérieur à la Coalition populaire pour l’alternative (Cpa) et l’engagement qu’il a pris de tout faire pour que ce fichier soit fiable. J’ai également parlé de la réclamation de l’opposition d’auditer ce fichier électoral pour le rendre plus crédible et plus fiable. Nous avons aussi évoqué la situation du pays, dont le problème des émigrations. Enfin, nous avons parlé de la situation mondiale, des problèmes actuels. Le reste, c’était de la pluie et du beau temps.»
EMIGRATION CLANDESTINE
«En ce qui concerne l’émigration, nous avons passé très rapidement sur ce problème, nous ne nous sommes pas étendus. Mais ils se sont quand même inquiétés de l’ampleur que ça prend. Personnellement, je déplore la manière dont on veut régler cette question. J’ai eu l’occasion de le dire, je crois que ce phénomène est mondial, et qu’on ne peut pas le singulariser et le réduire à un niveau aussi restreint, aussi étroit, non seulement à un continent, mais aussi à un pays, au Sénégal. Je suis très dubitatif sur les mesures qui ont été prises. Je parle des accords qui ont été signés. Je ne crois pas du tout que, par l’émigration dite choisie, on puisse régler cette question
. On ne choisit pas des émigrants. C’est un phénomène non seulement planétaire, mais qui ne date pas d’aujourd’hui. Ceux qui veulent aujourd’hui régler de manière assez singulière cette question par des mesures d’exclusion oublient que les premiers émigrants sur cette Terre sont ceux qui aujourd’hui sont en train de fermer leurs frontières. L’Histoire a toujours connu des phénomènes migratoires et je ne crois pas que ce soit au XXIème siècle que nous allons l’arrêter.»
CANDIDATURE A LA PRESIDENTIELLE
«Pour ce qui concerne le problème de ma candidature éventuelle, vous avez parlé de lecture dans les journaux qui évoquait l’annonce dans les trois semaines. Je dois avouer que ça n’engage que ceux qui l’écrivent. C’est de leur propre imagination et de leur propre responsabilité. Robert Sagna n’a jamais donné d’échéance pour annoncer son éventuelle candidature à la Présidence de la République. Comme vous le savez, jusqu’à preuve du contraire, j’appartiens au Parti socialiste. Je suis dans le courant Démocratie et Solidarité au sein de ce parti, et il faut bien retenir que ce courant n’est pas en dehors du Parti socialiste. Nous sommes aussi de la Cpa. J’ai donc une double appartenance, et même une triple appartenance. Je ne suis pas un électron libre, je suis dans cet ensemble. On ne peut pas, je crois, de manière responsable, faire fi, lorsqu’on est avec une équipe, de cette équipe, pour prendre des décisions, qui vous engagent, engagent votre responsabilité, sans que cela soit de la volonté de cet ensemble, auquel vous appartenez. Par conséquent, je vous confirme que je n’ai pas annoncé de candidature, et deuxièmement, que je n’ai pas donné d’échéance pour annoncer ma candidature, pour ces raisons évoquées. Ce sont donc des supputations que je laisse à l’entière responsabilité de ceux qui les évoquent.»
PRIMAIRES AU SEIN DU PS ?
«Je suis favorable à tout ce qui peut conduire au renforcement de la démocratie. Je suis favorable à tout ce qui conduit le Ps à un choix consensuel, non seulement au sein du parti, mais également au sein de la Cpa. Si c’est une formule, pourquoi pas ? Je n’exclus rien. Si c’est la meilleure formule pour aboutir au résultat dont je viens de parler, pourquoi pas ! Je suis ouvert à toutes les formules, pourvu qu’elles soient de nature à consolider notre unité et notre démocratie au sein du Ps.»
UN OU PLUSIEURS CANDIDATS DE LA CPA ?
«Ce débat est ouvert au niveau de la Cpa. La Cpa a pris l’engagement d’aller ensemble aux élections législatives. Ça, c’est clair. Elle est aussi d’accord sur un programme commun. Un point qui reste en suspens et va faire l’objet de débats, c’est de savoir si elle va aligner un ou plusieurs candidats. Je n’ai pas de réponse à cette question. Elle fait l’objet de débats, pour savoir quelle est la meilleure formule, celle devant nous permettre de gagner les prochaines élections. La meilleure formule, est-ce un candidat unique au niveau de la Cpa, est-ce une multiplicité de candidats, qui se retrouveront ensuite au second tour pour soutenir le mieux placé ? Autant d’interrogations qui n’ont pas encore de réponse. Mon point de vue personnel ? Je continue de réfléchir. Je ne sais pas quelle est la meilleure formule. Je ne suis pas arrêté sur une formule définitive. Il y a des avantages, comme des inconvénients dans l’une et l’autre des formules. Mais quelle est celle qui présente le moins d’inconvénients ? Je ne peux pas vous donner de réponse définitive. Dans un délai très bref, au sein de la Cpa, je pense qu’une réponse sera donnée.»
SUPPRESSION DU QUART-BLOQUANT
«Le président de la République a supprimé le quart-bloquant. Je rappelle ce que cela veut dire : pour être élu au premier tour, il faut non seulement avoir une majorité absolue, donc être élu avec 50%, mais aussi il faut que le quart des inscrits aient voté. C’est cette dernière mesure qui a été supprimée par le régime actuel. Je n’ai pas grand-chose à dire sur cette mesure, car nous-mêmes l’avions fait quand nous étions au pouvoir, parce que nous avions pensé que ce n’était pas pertinent. Si le Gouvernement s’est rendu compte que notre premier choix était le meilleur, moi, je ne suis pas particulièrement choqué. Tout dépend de ce qui est visé derrière, de l’objectif véritable. Mais je ne pense pas que cela soit ça qui permette au Pds de ne pas être battu aux prochaines élections.»
SITUATION DE LA CASAMANCE
«Je sais que l’Abbé Diamacoune est, comme tout être humain, malade. Mourant, je le sais moins. Il suit un traitement à Dakar. Je souhaite simplement qu’il se remette très rapidement. Maintenant pour ce qui concerne la Casamance, il est noté depuis quelques temps, une recrudescence de la violence en Casamance, parce que le Gouvernement a redéployé des forces militaires au sein de cette région, ce qui est effectivement une source d’inquiétudes pour nous tous. Je n’ai pas manqué, il y a quelques jours, d’évoquer cette question avec le chef de l’Etat, et de lui montrer mon inquiétude face à cette recrudescence de violences. Je reste persuadé que ce genre de question ne se règle pas par la force, ni par la violence, et que c’est par le dialogue qu’il faut régler cette affaire. En 1999, à la veille de notre départ, des négociations avaient été menées. Le Président Diouf avait fait en sorte que le Mfdc se retrouve à la même table que le Gouvernement. Malheureusement, ce processus n’a pas été poursuivi. Il a été interrompu. Aujourd’hui, je constate qu’on piétine et qu’on n’a pas ancré définitivement l’espoir que nous avions fondé sur les pré-négociations qui ont été mises en place par le Gouvernement dit de l’Alternance. Foudioungne a existé et tout le monde espérait que des mesures nouvelles allaient être prises pour renforcer le processus de paix. Effectivement, la situation a changé, il y a des regains de tensions, notamment du côté de la frontière avec la Gambie et cela n’est pas rassurant. Je m’en inquiète. Ce que nous souhaitons, c’est que les armes se taisent et que des efforts continuent d’être déployés pour privilégier le dialogue, privilégier un contact qui permette d’aller de l’avant et vers une solution définitive.»
MULTIPLICITE DES INTERLOCUTEURS, ENTRAVE A LA PAIX ?
«Ce qu’on note et ce n’est pas nouveau, c’est que le Mfdc est divisé. Mais ce qui est à retenir, c’est que le Mfdc recherche une unité interne. Aujourd’hui, le Mfdc veut des assises inter-Mfdc, ce qui veut dire que ce mouvement est conscient de sa fragilisation et conscient que le Gouvernement ne peut pas avoir plusieurs interlocuteurs. Je crois qu’il faut saluer cette volonté de vouloir aller à l’unité, pour pouvoir ensuite aller à la table des négociations. Je crois que c’est une évolution positive. Côté Gouvernement, la multiplicité des interlocuteurs n’est pas de nature à favoriser cette négociation. Ça, c’est de sa responsabilité. L’essentiel est que ces interlocuteurs multiples puissent prendre la pleine mesure du problème et s’attacher les conseils et services de ceux qui peuvent véritablement être des porteurs de décision, pour qu’on accélère le processus de paix, qu’on accélère les chances de négociations pour arriver à une paix définitive.»
HISTOIRE DES AEROGLISSEURS
«Lors de mon dernier passage ici, nous avions parlé des aéroglisseurs pour la liaison entre Dakar et Ziguinchor. Djibo Kâ a dit que l’Etat avait acheté ces navires. Je ne suis pas venu faire de polémiques, mais l’Etat n’avait rien acheté du tout. Ce projet était privé, conduit par une fondation, la Fondation africaine pour les initiatives à la base (Faib). C’est elle qui est maîtresse d’œuvre et initiatrice avec des privés de ce projet, pour lequel j’avais seulement été commis pour rechercher des financements. Lorsque ce financement a été trouvé et que ce projet a été bouclé, la fondation que j’avais accompagnée a été voir le Président Wade pour l’en informer. Le Président Wade a accueilli ce projet avec beaucoup d’enthousiasme et s’est engagé à le reprendre pour son compte, pour le compte de l’Etat, en disant au privé : «Ce n’est pas la peine, moi, je vais rembourser, je vais acheter ces navires.» Lorsque Djibo Kâ a déclaré que cela avait été fait, en fait, cela n’avait jamais été fait ! Ces opérateurs privés et cette fondation attendaient que l’Etat concrétise cette volonté d’être non seulement partie prenante mais d’acquérir pour son compte ces navires. Nous avons attendu six mois aujourd’hui et récemment, le Président Wade m’a signifié que l’Etat n’était plus partie prenante, et que, par conséquent, c’est un projet où l’Etat n’est plus engagé. Ce que je déplore, c’est que ce retrait ait été fait après six mois de tergiversations. Nous aurions certainement gagné six mois.
Ce que j’espère, c’est que ces privés puissent continuer cette opération comme ils l’avaient envisagée. Ils n’étaient pas venus voir le Gouvernement pour lui demander un sou, mais simplement pour l’en informer, ce qui était une courtoisie normale dans un Etat organisé, quel que soit le projet. Ce projet va donc être entre les mains d’opérateurs économiques privés. (…) Le Président Wade ne s’est jamais opposé à ce que ce projet soit mis en œuvre. Ce n’est pas l’opportunité du projet qui est mise en doute, c’est la participation de l’Etat.»
Par Adeline SEURAT (à Paris) -
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