Source : xalima.com
Un soir de juillet 2008, je débarque à l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar. Après un long séjour international me revoilà chez moi, chez mon Sénégal natal. Bonjour le Sénégal pays de la Teranga. J’ai hâte de sortir de l’aéroport pour voir ma famille, qui a fait le déplacement pour venir me chercher. Aussi j’ai hâte de découvrir les présupposées « mutations profondes » d’une ville dont se fait l’écho la RTS avec de nombreux publi- reportage balancés à longueur de journée aux nombreux téléspectateurs du pays et de la diaspora. Bref j’ai hâte de découvrir le « Dakar sera comme Paris » de Senghor version Wade de l’an 2008.
Loin de mon pays, on nous disait que tout avait changé et que l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar présentait un nouveau visage c’est-à-dire un visage accueillant, charmant, et rayonnant, bref il n y avait plus de galère comme d’antan.
Une minute, une petite minute m’a permis de constater le contraire. Et non rien de bon ou de concret n’a changé à l’aéroport de Dakar dont le ministre tutelle Farba Senghor se targuait d’y « abattre un excellent travail avec félicitation du gouvernement fédéral américain ».
Il est Une heure du matin, comme le veut la tradition aéroportuaire nous sommes soumis au droit de remplir de formulaires pour la police des frontières auprès des guichets d’enregistrement. Pour la circonstance trois guichets sont ouverts . A ma grande surprise je constate qu’un seul guichet a été réservé aux citoyens appartenant à l’espace CEDEAO (y compris le Sénégal) et deux
pour les citoyens non CEDEAO. Quelle inégalité si on sait que les passagers dits « non CEDEAO » étaient moins nombreux que ceux voyageant avec le passeport CEDEAO. Le résultat qui s’en suit est que notre rang très long avançait à pas de caméléon tant dis que celui des étrangers à la CEDEAO était fluide. En plus de la longue attente il faisait excessivement chaud, aucun système de ventilation n’a été mis sur place si on connaît la rigueur de la chaleur en période d’hivernage. Les autorités policières ou aéroportuaires sur place n’ont pas eu le bon réflexe de nous ouvrir un autre guichet d’enregistrement. Elles nous ont laissé dans un tohu- bohu infernal au moment où elles s’occupaient allégrement et respectueusement aux passagers dits « non CEDEAO ». Bref c’est ça le Sénégal, le pays de la Téranga (l’hospitalité), la Teranga refusée à ses propres fils et accordée à des gens venus d’ailleurs. Un constat d’échec.
Faut-il parler de complexe plutôt de la Téranga. Je suis conforté dans cette position par le comportement irresponsable d’un agent de police. Tenez au moment où notre rang avançait difficilement, un couple blanc (sûrement voyageait-il avec un passeport CEDEAO) qui était derrière moi se présenta subitement devant le policier, au guichet pour remplir leurs formulaires. « Ces gens là étaient derrière moi, ils n’ont pas respecté la queue » lançais-je à l’agent de notre police nationale. Il ne me regarda
même pas, insistais-je en lui répétant les mêmes propos, mais c’était sans compter avec la naïveté ou le complexe de notre policier national. Je lui tendis mon passeport au même moment où le couple lui tendait les leurs il refusa de prendre le mien en acceptant de prendre respectueusement ceux du couple. Ainsi piquais-je une colère mais « une colère saine » comme disait Ségolène Royale en m’adressant à lui par ses termes « C’est dommage que vous ne croyez pas à ma parole et alors vous croyez à celle des autres, (autres c’est ce fameux couple) ». Comprenant le sens de ma phrase, il me rétorque en Wolof : « pourquoi vous les avez laissé passé devant toi. Il fallait faire vite ». Je lui répondis : « Qu’est ce que vous voulez que je fasse de plus, je vous ai alerté mais vous ne voulez pas croire à ma parole, vous avez cru à leur parole au détriment de la mienne ». Finie la discussion.
Je croyais que ces genres de comportement de rabais étaient finis à l’aéroport.
.
Nous ne demandons pas un traitement partial à l’égard des citoyens sénégalais ou CEDEAO, non ça serait même hypocrite parce qu’on paye les mêmes taxes, mais justement nous réclamons un traitement équitable sans exception de provenance ou de destination.
Après avoir rempli les formulaires, je fis face encore à une autre surprise celle qui m’a marquée la plus. La vérité, la triste vérité est qu’il n y a pas d’espace réservé aux accompagnateurs ou aux gens qui viennent chercher un passager à l’aéroport. Je sors du hall de l’aéroport je vis une meute de gens parqués derrière des barrières de sécurité comme des prisonniers. Qu’il pleuve, qu’il vente ils sont assignés dehors à ciel ouvert où les rayons du soleil tapent fort. Je n’en revenais pas à mes yeux.
Pourtant dans une contribution postée sur xalima le lundi 21 avril 2008 et reprise par certains journaux en ligne notre ami Mandiaye Gaye se posait cette pertinente question à propos de ce nouveau décor : « Aéroport Léopold Sédar Senghor : au nom de quoi le public y est interdit d’accès ? ». Il décrit la scène ainsi : « Ceux qui ont eu l’occasion d’accompagner ou d’accueillir des passagers à l’aéroport L.S.S dans la dernière période, ont dû assister à un spectacle qui symbolise la bêtise et la honte pour notre pays. Spectacle que les autorités aéroportuaires auraient pu nous éviter avec un minimum de bon sens et d’intelligence. L’aéroport étant la porte d’entrée par les airs de notre pays et le premier endroit où le premier contact entre Sénégalais et visiteurs étrangers se fait, nous devrions présenter une vitrine beaucoup plus séduisante que celle-là qui rebute et dégoutte. Il m’a été donné de constater et de subir avec beaucoup d’amertume les mesures et dispositions inintelligentes qui ont été instituées pour empêcher le public d’accéder à l’aérogare de l’aéroport L.S.S. L’idée elle même, est incompréhensible, inacceptable voire irréfléchie à tous points de vue. On peut réglementer en réservant au public un espace bien défini à cet effet dans l’enceinte de l’aérogare, un hall d’attente mais, on ne peut et ne doit interdire l’accès de l’aérogare au public ». Rien à ajouter.
Il m’a fallu 3h de temps pour sortir de l’aéroport. Alors Farba vous avez de quoi s’occuper au lieu d’aller balayer devant la porte de Sourang
A demain pour un autre Sénégal vous dit bonjour !
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